Lettre n°80 – janvier 2024

Edito

C’est l’histoire d’un homme, un vieil homme, un homme d’Esprit, qui se lève un matin et se rend au Temple, poussé par l’Esprit, justement.
C’est aussi l’histoire d’un couple, un jeune couple, des gens de Loi, qui vont au Temple accomplir ce qui est prescrit par la loi : présenter au Seigneur leur enfant premier-né et lui offrir (au Seigneur, pas à l’enfant), un couple de petites colombes.
C’est l’histoire de la rencontre improbable entre la petite famille qui entre dans le Temple et le vieillard. L’homme prend dans ses bras l’enfant d’un mois, il raconte ce qu’il voit, lui dont la vue a tant baissé que les peintres le représentent souvent aveugle. Ce vieil homme, mal voyant notoire, voit ce qu’il désirait depuis si longtemps : le salut des peuples, le salut des nations.
Les parents, Joseph et Marie, poussés par la Loi, emmènent au Temple leur bébé. Le vieil homme, poussé par l’Esprit, prend l’enfant dans ses bras et accueille le salut du monde. Il bénit Dieu, il bénit la petite famille, puis il prend Marie à part pour lui dire de ne pas idéaliser, imaginer le don de Dieu comme un long fleuve tranquille : il évoque chutes, relèvements, contradictions, ruptures, et même épée, arme de mort !
En ce début d’année compliquée, où s’imposent les conséquences durables des dérèglements climatiques, et les guerres meurtrières, nous sommes tentés par la morosité, voire le désespoir, ou alors l’illusion bénisseuse, à moins que nous ne soyons écartelés, schizophrénisés entre l’attendrissement béat de la crèche et le noir catastrophisme de la vie…
L’histoire de la rencontre du vieil homme et de l’enfant, racontée par Luc, ami de Paul le globe-trotter, rencontre de l’Esprit et de la Loi, invite à un nouveau regard complexe : voir dans un bébé d’un mois le salut du monde, sans oublier les divisions et les armes.
C’est ce regard que je nous souhaite pour 2024 : loin des têtes dans le sable ou en ciel, ouvrir les yeux sur l’inattendu de Dieu dans notre monde, sans nier le mal, auquel, soit dit en passant, nous participons, sans oublier le salut du monde, que, soit dit en passant, nous vivons.

Bernard FENET

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